|
Clin
d'œil
- Jour
de marché à Antanimora :
Le jour de marché est l'évènement hebdomadaire
attendu par tous car il est synonyme d'effervescence ; il crée
pour une journée un peu d'animation. On y échange d'abord les
nouvelles et
- on y déambule à la découverte des étals
nombreux et variés.
Il est 7 heures du matin à Antanimora Androy. Le soleil est déjà
levé depuis plus d'une heure mais le vent frais venu du sud,
porteur d'averses crachineuses, a retenu chez eux plus tard qu'à
l'habitude la plupart des habitants de cette petite ville.
Toutefois, ce temps humide est plutôt bienvenu dans ce pays où
l'eau est rare, où la sécheresse sévit tous les 8 à 10 ans,
contraignant hommes et bêtes à se nourrir de cactus raketa
(figuier de barbarie), les fruits pour les hommes et les
"feuilles" brûlées pour les débarrasser de leurs épines
pour les zébus. Cette année, l'eau est tombée en abondance,
rechargeant les nappes souterraines, offrant de verdoyants pâturages
et de bonnes récoltes.
Aujourd'hui jeudi, c'est jour de marché à Antanimora. Quelques
charrettes chargées à ras bord de bageda (patates
douces) sont arrivées la veille sur la place principale. Des
camions de commerçants ambulants de fripes, de tissus, de vêtements
neufs arrivent de bon matin et installent leurs stands. A leurs
côtés, de petits étals faits de bouts de plastiques étalés
à même le sol sur lesquels reposent quelques tomates, des brèdes
(sorte d'épinard), des goyaves, des citrons, des oranges... On
trouve aussi pas mal de riz et de maïs, base de l'alimentation.
Les bouchers exposent viande de zébu et de chèvre, chassant
vaguement les mouches nombreuses qui cherchent leur part. Sur de
petits tréteaux, les bricoleurs trouveront des pièces auto déjà
bien rouillées mais aussi des casseroles, des cuvettes en
plastique, des pièces de monnaie française en aluminium, des
éléments de montres à quartz ou mécaniques et puis des pneus
de vélo...
Débauche de couleurs des objets et des choses, de sons et de
bruits de conversations animées des gens, agitant pour quelques
heures la paisible Antanimora avant que le calme ne se réinstalle,
en fin de journée, jusqu'au jeudi suivant.
|
- Notions
de temps chez les "Ntaolo" Malgaches :
Les "Ntaolo
Malagasy"1 avaient donné
un nom à chaque heure du jour.
Il est actuellement 10 heures du matin, il fait grand jour et
tout le monde est au travail, c'est le "misandratra andro"
ou littéralement "la montée du jour". Après vient
le "atoandrobenanahary" : il est à peu près 11
heures. Ce moment marque la fin de la matinée. A midi, c'est le
"mitataovovonana" où le soleil est juste à la
verticale et il fait très chaud.
Au début de l'après-midi, c'est le "mitsidika andro"
ou, le "soleil monte (dans le ciel)", il est 13
heures. Vers 14 heures, c'est le "tolakandro" : le
soleil commence à s'incliner vers l'ouest. Vers 15 heures,
c'est l'"ampamantoran-janak'omby" ou littéralement
"attacher les veaux", car c'est à ce moment que les
Ntaolo les attrapent pour l'allaitement. Quant aux volailles, on
les fait rentrer vers 16 heures d'où la notion d'"am-bava
fisoko". "Mody omby tera-bao" est le nom que les
Ancêtres donnaient au moment où l'on doit attacher les vaches
qui allaitent leur petit, il est environ 17 heures, "Mody
omby tera-bao" veut dire littéralement ; "les vaches
qui viennent de mettre bas rentrent". Le "mena
masoandro" ou littéralement le soleil est rouge, est
l'instant très attendu par les amoureux, c'est le couché du
soleil. Il est environ 18 heures. Vers 19 heures, c'est "maizim-bava
vilany" ou "sombre comme la bouche d'une
marmite". Quand les femmes commencent à faire cuire le
riz, il est environ 20 heures, c'est le temps du "manokom-bary
olona". Une heure après, le riz est cuit, tout le monde va
manger, d'où le "homam-bary olona" ou "les gens
mangent". Le "loha-tory" vient après, c'est
l'heure de se mettre au lit, c'est le "début de
sommeil". A 23 heures, il est "mamatonalina", le
silence est absolu sous le toit, tout le monde dort. Enfin,
"misasakalina" arrive, littéralement la "moitié
de la nuit". Il est minuit.
Bien sûr, ces heures ne sont pas précises, mais les Ntaolo ont
su se repérer dans le temps en observant les changements de
leur environnement quotidien. Il y a d'autres expressions que
les ancêtres des Malgaches ont jadis utilisés, mais
malheureusement, beaucoup n'ont pas survécu à cause de la
modernisation. Ces expressions varient souvent selon les régions,
mais celles citées ci-dessus sont les plus fréquemment utilisées.
|
- Un
regard malgache sur la France :
"L'étranger n'est
pas une promesse ou un serment : seulement un appel". Ainsi
pourrait-on parler du départ de Géraldine.
A 21 ans, cette malgache a décidé de suivre son mari Yannick,
ex-volontaire français à Madagascar, pour venir s'installer en
France.
- Hardi : Géraldine, tu es dans la capitale depuis
maintenant trois mois et nous brûlons d'impatience de connaître
tes impressions sur ta vie de jeune parisienne... L'imaginais-tu
ainsi?
Géraldine : En fait, je ne m'imaginais rien sur la
France. Avant de venir, je me disais "on verra bien quand
on sera sur place"... J'avais quand même une appréhension
sur la relation entre les gens. C'est vrai que les français
sont un peu plus froids que les malgaches et qu'on ne se parle
pas entre voisins ni avec la concierge... Quand je serais à
l'université, ce sera sûrement différent.
- En attendant de rentrer en première année à la faculté
de droit de Paris, comment occupes-tu tes journées?
Je me promène, je visite... Montmartre, la Tout Eiffel, Le
Louvre, les jardins du château de Versailles... et même
Pigalle!
- Pigalle?! (rires)... Mais c'est le quartier des sex-shops
et des prostituées?!!..
Oui!!... Tous ces magasins qui vendent des accessoires, çà me
fait rire!!
- Qu'est-ce qui choque le plus quand on se balade dans les
rues de Paris?
Les publicités! Paris est tapissé partout des mêmes pubs, et
c'est pareil dans les autres villes de France. Une véritable
agression!... C'est aussi du rabâchage à longueur de journée.
Le regard ne peut que se porter dessus. Ce serait reposant de
regarder un mur vide quelquefois.
- Y a-t-il autre chose qui t'a beaucoup dépaysé?
Le métro. Dans les premiers temps, il me semblait que c'était
contre-nature de vivre sous terre. Ce grand tunnel, la lumière
artificielle, tout ce monde qui attend... Une fois, mon ticket
de métro ne s'est pas imprimé quand je l'ai composté, j'étais
paniquée, j'avais peur de me faire contrôler. Ma sœur qui
habite Paris depuis 8 ans s'est moquée de moi quand je lui ai
raconté et m'a traitée de "gasy vao tonga", le
malgache qui vient d'arriver.
-Souhaitez-vous retourner vous installer un jour à
Madagascar?
Mon mari aime beaucoup Madagascar mais notre vision des choses
ne se réduit pas à Madagascar et à la France. Il se pourrait
bien qu'on aille voir d'autres pays.
- Et ta famille?
Bien sûr, c'est toujours bouleversant de quitter les siens,
mais je sais que je reviendrais à Madagascar.
- Des regrets d'être partie?
Juste un seul : l'isolement. Mais pas au sens négatif du terme.
J'imaginais la campagne française avec de jolies maisons
traditionnelles construites en vieilles pierres, entourées de
prés verdoyants, et surtout loin des routes goudronnées et du
bruit des villes. A Madagascar, sur la route de Majunga par
exemple, il existe un monastère de bénédictins isolé en
pleine campagne où le silence est immense, presque palpable...
on en mangerait!
|
|
  
|
|
|
|
|
|
|
|